Le refuge en France

Isabelle Chollet, psychologue en cabinet privé et au Refuge et formatrice à l’Institut régional du travail social de Montpellier
Découvrir, assumer et vivre son homosexualité peut être au-dessus des forces de certains jeunes gais et lesbiennes. La sensation d’être différent, de ne pas répondre aux attentes et aux projections de ses proches, l’exclusion, le mensonge peuvent occasionner des troubles psychologiques et des mal-être allant parfois jusqu’au suicide.

Être thérapeute, c’est pouvoir accueillir la souffrance de l’autre, la comprendre et accompagner le client dans l’acceptation de qui il est. Les jeunes lesbiennes, gais, bis et trans (LGBT) que nous recevons au Refuge1 – pour une durée maximale de six mois – sont et ont été victimes d’homophobie jusqu’à être exclus et chassés de leur domicile familial.

En grande souffrance, ne sachant pas où aller et parfois même en danger de mort, ils n’ont pour certains que peu de ressources pour continuer à croire en la vie. Même si, à leur arrivée, le Refuge représente pour eux une sécurité, une bouffée d’oxygène, une possibilité de vivre enfin leur vie, il n’en reste pas moins qu’une vigilance importante est de mise.

Le travail effectué avec Michel Dorais pour l’édition d’Être homo aujourd’hui en France (éditions H&O, 2012) avait pour origine le besoin de comprendre quelles pouvaient être les attentes des personnes homosexuelles en thérapie, de manière à être dans l’accompagnement leur paraissant le plus opportun tout en gardant en ligne de mire qu’elles sont beaucoup plus exposées aux risques de suicide. La honte, le manque d’estime de soi, la peur (du regard, du rejet, du jugement), la dévalorisation entraînent une grande solitude et un repli sur soi pouvant pour certains durer entre cinq et neuf ans, jusqu’à ce qu’ils osent enfin l’exprimer. Ce long moment de solitude, d’isolement, de culpabilité n’aboutit pas toujours à une « délivrance », mais plutôt à une mise en danger (surtout pour les jeunes du Refuge, qui ont tous vécu leur coming out familial de façon violente : avec des violences psychologiques mais parfois aussi physiques).

Accompagner ces jeunes

Si les jeunes sont dans la souffrance, ils sont dans un besoin urgent et vital de trouver un espace d’écoute, d’ouverture, de compréhension de ce qu’ils vivent pour parvenir à s’ouvrir et à se libérer quant à ce qui pèse depuis parfois des années et qui leur semble indicible.

Libérer la parole… pas si simple quand les mots sont coincés depuis des années et ont résonné de façon très brutale et destructrice lorsqu’ils ont été prononcés. C’est pourquoi j’utilise la thérapie par le jeu et la créativité (TJC)2 dans mes consultations.

Le principe de la TJC est de donner aux individus l’occasion de s’exprimer sur leur rapport à eux-mêmes, à l’autre et aux autres dans une relation créative avec le thérapeute en ayant à leur disposition un certain nombre de supports d’expression autres que la parole. De permettre aux personnes d’oser être ce qu’elles sont dans leurs limites, leurs difficultés, mais aussi dans leurs potentialités; explorer leur identité devant un thérapeute bienveillant peut leur permettre d’oser la vivre ensuite à l’extérieur du cabinet-atelier et du Refuge. Les amener à trouver les ressources qu’elles ont en elles pour affronter d’autres difficultés bien réelles ou quelquefois moins insurmontables qu’il n’y paraissait peut être une porte qui s’ouvre sur un mieux-être et sur une acceptation de qui elles sont. Le travail d’équipe axé sur l’accompagnement psychologique mais également social et le fonctionnement du Refuge avec une vie collective faite d’un hébergement en logement à deux ou trois avec des permanences trois fois par semaine permettent aux jeunes de se sentir moins isolés et de trouver d’autres solutions que la tentative de suicide.


1Association créée en 2003 proposant un hébergement, un suivi social et psychologique à de jeunes LGBT de 18 à 25 ans victimes d’homophobie (www.le-refuge.org).


2www.therapie-jeu-creativite.com.