La prévention du suicide en milieu rural : recherche et intervention

Philippe Roy, doctorant en service social à l’Université Laval
Ginette Lafleur, doctorante en psychologie communautaire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Depuis plusieurs années, les statistiques révèlent que les plus forts taux de suicide au Québec, comme dans plusieurs régions du globe, sont recensés dans les régions rurales. De surcroît, la diminution des taux de suicide constatée chez les hommes québécois depuis la fin des années 1990 s’observe bien davantage dans la région métropolitaine de Montréal que dans le monde rural (Gagné et St-Laurent, 2008). Si les hommes ruraux forment une clientèle particulièrement vulnérable en matière de suicide et de détresse psychologique (Roy et Tremblay, 2012), force est de constater que la santé psychologique et les comportements suicidaires des hommes ruraux, comme plusieurs préoccupations des populations rurales, demeurent des sujets largement négligés, ce qui contribue à leur invisibilité (Pugh et Cheers, 2010).

Des taux alarmants

Par ailleurs, on observe des taux de détresse psychologique (Lafleur et Allard, 2006) et de suicide élevés chez un sous-groupe d’hommes ruraux, soit les agriculteurs. Quoique le taux actuel ne soit pas encore connu pour le Québec, il est établi dans plusieurs pays que les taux de suicide des agriculteurs sont deux fois plus élevés que les taux nationaux (Fraser et al., 2002; Hirsch, 2006). Plusieurs facteurs ont été avancés pour expliquer ces taux de suicide plus élevés chez les agriculteurs, dont : les problèmes financiers et de travail (Hawton et al., 1998; Page et Fragar, 2002); les nombreux facteurs de stress et la réduction du contrôle sur leur travail (Barbançon, 2002; Lobley et al., 2004; Judd et al., 2006); l’accès aisé à des moyens létaux (Malmberg et al., 1999; OMS, 2002); l’isolement social, dont l’absence d’un proche confident (Judd et al., 2006; Malmberg et al., 1997, 1999). Outre ces facteurs, les agriculteurs tendent à entretenir des valeurs telles le stoïcisme et l’autonomie, qui agissent comme barrière à la demande d’aide (Judd et al., 2006). Par ailleurs, le comportement de recherche d’aide est gêné par la stigmatisation des problèmes et des services de santé mentale (Gregoire, 2002; Hossain et al., 2008).

Un sujet à explorer

Un récent éditorial du quotidien Le Soleil disait qu’on en savait peu sur cette clientèle particulière que sont les agriculteurs québécois. Le journaliste Pierre Asselin écrivait qu’« en dehors de deux chercheurs au doctorat, Ginette Lafleur de l’UQAM et Philippe Roy à l’Université Laval, à peu près personne ne s’intéresse à la question dans le milieu universitaire québécois ». Il posait la question suivante : « Qu’est-ce que nos universités attendent pour s’ouvrir à la vie en dehors des villes? »