Intervenir dès la phase de choc à la suite d’un suicide : comment la postvention devient-elle de la prévention?

Denise Deshaye, travailleuse sociale au CLSC de la région de Thetford

Véronique Bourgault, travailleuse sociale au CLSC de Sainte-Marie de Beauce

Le guide pratique Intervenir dès la phase de choc à la suite d’un suicide, publié par l’Agence de la santé et des services sociaux de Chaudière-Appalaches, s’adresse aux intervenants sociaux des CSSS et des centres de prévention du suicide (CPS) qui travaillent auprès des familles et des proches éprouvés par le suicide d’un des leurs. La particularité de ce guide d’intervention est qu’il concerne précisément la phase de choc, c’est-à-dire la période suivant la découverte du corps ou l’annonce de la nouvelle du suicide. Dans cet ouvrage sont synthétisés et rédigés dans un style télégraphique les éléments essentiels à considérer par l’intervenant social qui veut remplir son rôle adéquatement auprès des proches dans la phase de choc. Largement inspiré des expériences professionnelles et des réflexions des collègues de la santé et des services sociaux de la région de Chaudière-Appalaches, le document est divisé en trois sections qui collent à la réalité professionnelle de l’intervenant.

Trois temps de l’intervention

La première section, « Avant de se déplacer », définit les préparatifs nécessaires à l’intervention adéquate : une collecte de données préliminaires qui permet de commencer à saisir l’état de la situation et de rassurer le demandeur; le rassemblement du matériel requis; un rappel des consignes de protection et la préparation psychologique de l’intervenant avant qu’il ne s’introduise dans un milieu inconnu et perturbé.

La deuxième section, « Pendant l’intervention », est la plus dense. Après avoir expliqué comment savoir à qui s’adresser en premier lieu à l’arrivée, on y traite de : la présentation de l’intervenant et de son rôle aux personnes présentes sur les lieux; les attitudes adéquates à adopter; le repérage des personnes vulnérables en fonction des réactions potentielles de stress, de crise et de deuil; les stratégies à utiliser avec les médias; le partenariat avec les policiers; la remise d’une pochette aux endeuillés; et enfin, la façon de quitter les lieux après avoir créé des liens fonctionnels pour les relances.

La dernière partie, « Après l’intervention », traite du retour de l’intervenant dans son équipe de travail et des tâches à exécuter pour relayer l’information. Débute alors le plan de postvention. Les suites sont coordonnées en fonction des éléments recueillis au cours de la phase de choc et en fonction de l’analyse du réseau familial, amical et professionnel de la personne décédée et de ses proches. Une offre de services individuels ou de groupe sera faite : séance de « ventilation »; animation d’une intervention précoce de deuil; suivi psychosocial de crise; suivi psychologique pour un stress aigu, etc.

Un mandat précis et légitime

À l’origine, un malaise énorme habitait les intervenants sociaux lorsqu’ils avaient à quitter leur zone de confort, c’est-à-dire le bureau où ils attendent qu’un client sollicite leurs services. Ils se retrouvaient en pleine tempête émotionnelle, chez des étrangers bien souvent en crise qui ne les connaissaient pas et ne savaient pas ce qu’ils faisaient comme travail. Parfois même, ceux-ci n’avaient pas demandé leur intervention, qui avait été requise par les policiers.

Voilà justement le motif qui a mené à la création de cet ouvrage. Le guide pratique a fourni une légitimité à la présence des professionnels dans la phase de choc en définissant avec précision leur mandat. Il a facilité leur arrivée sur les lieux en suggérant une séquence pour se présenter simplement et clairement à tous. Avec une foule d’exemples, le guide pratique suggère des mots, des paroles qui permettent d’amorcer l’échange dans un contexte lourd. Il dresse le profil de la personne qui vit un deuil, de celle qui est en crise et de celle qui vit un stress aigu, guidant ainsi le professionnel dans le repérage et le rôle qu’il doit remplir auprès de chacune. Il aide l’intervenant social à supporter le grand sentiment d’impuissance à soulager la peine et la désolation de ceux qui apprennent la mort violente d’un des leurs. Bref, cet outil soutient les professionnels dans la délicate tâche d’accompagnement qu’ils ont à mener auprès des proches lors d’un décès par suicide.

Un point de départ pour la postvention

La présence d’un professionnel auprès des familles à la suite d’un suicide n’est pas une fin en soi, mais bien un point de départ qui fournit à l’équipe d’intervenants la matière utile à l’analyse de la situation, qui permettra de bâtir le plan de postvention. Le contact privilégié vécu entre l’intervenant et les membres de la famille dans l’onde de choc ouvrira la porte à l’organisation lors de la relance téléphonique. S’enquérir de l’état des gens touchés et offrir des services à des personnes déjà en confiance facilite la poursuite de l’évaluation et l’accès à ceux qui ont besoin d’aide.

On peut consulter le guide pratique de 54 pages Intervenir dès la phase de choc à la suite d’un suicide à l’adresse www.prevenirlesuicide.com/archives/publications/Guidepratique-Phasedechoc1.pdf.