Intégrer la culture atikamekw, de la gestion de crise à la transformation individuelle, familiale et communautaire de Wemotaci

Mary Coon, coordonnatrice des programmes de prévention et de postvention, Services de santé de Wemotaci

Isabelle Wood, coordonnatrice intérimaire à la santé mentale, Services de santé de Wemotaci

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, la communauté de Wemotaci a connu une importante vague de suicides. Entre 2000 et 2007 seulement, on y a dénombré 14 suicides, sans compter les multiples tentatives de suicide et crises suicidaires. Chaque famille et toute la communauté étaient durement touchées par cette réalité. Les travailleurs de première ligne (policiers, infirmières, intervenants) étaient épuisés. C’est alors que les responsables de la communauté se sont consultés afin de trouver des solutions culturellement adaptées à cette crise. Ils ont d’abord décidé de créer un groupe de travail multidisciplinaire pour l’élaboration et l’implantation d’un plan de prévention du suicide et d’un programme communautaire de postvention. La mise en œuvre de ces deux programmes a débuté au printemps 2001.

Approche multidisciplinaire de la postvention

Le programme de postvention a rapidement été mis à l’épreuve et (malheureusement) plutôt bien rodé au fil des années. Nous avons élaboré avec ce programme une approche multidisciplinaire (policiers, infirmières, intervenants en santé mentale, services sociaux, etc.) pour la prise en charge et l’accompagnement des proches à la suite d’un suicide. Chaque secteur sait qui fait quoi et à quel moment lors d’un suicide ou d’un autre type d’événement traumatisant. Cette approche nous a aussi permis de créer des liens de collaboration étroits et respectueux avec le Centre de prévention du suicide du Haut-Saint-Maurice.

Le problème des abus sexuels

Du plan de prévention du suicide est né le Comité Pimatisiwin (« la vie » en atikamekw). Outre la prévention du suicide, les membres de ce comité ont convenu qu’il fallait aussi attaquer de front le problème des agressions sexuelles, soupçonnées d’être à la base de la plupart des suicides. Grâce à un financement de la Fondation autochtone de guérison, la communauté a pu élaborer et implanter un programme de prévention et de traitement des abus sexuels en milieu naturel, en vigueur de 2005 à aujourd’hui. Ce programme a été élaboré avec la collaboration de Pierre Picard de GRIPMA, une entreprise autochtone spécialisée en recherche et en intervention psychosociales au sein des Premières Nations. Il était destiné aux ex-pensionnaires ainsi qu’aux membres de leur famille, victimes de séquelles dites intergénérationnelles. Il a été modifié au fil des thérapies pour devenir culturellement intégré et répondre vraiment aux besoins des membres de la communauté.

Vers la transformation des proches endeuillés

Avec l’implantation du programme de postvention, la prise en charge rapide des proches éprouvés ou en crise nous a permis de diminuer le risque de suicide. La disponibilité de l’accompagnement immédiat fait en sorte que la plupart des personnes touchées par le suicide d’un proche peuvent amorcer leur cheminement de deuil de façon plus consciente. Cela résulte d’un programme de postvention qui est réellement intégré à la réalité de la communauté (rituels funéraires, histoire des familles et génogrammes, accompagnement en atikamekw, rythme de la communauté lors d’un décès, etc.).

Depuis la mise en place du programme, les responsables ont constaté une baisse importante des suicides complétés et des tentatives de suicide. Par-dessus tout, plusieurs femmes, hommes et familles ont trouvé la voie de la transformation et du mieux-être en plus d’être devenus fiers d’être atikamekw.