Initiative du Centre de prévention du suicide de Portneuf pour des activités préventives auprès d’agriculteurs

Steve Dubois, coordonnateur à L’Arc-en-ciel

Cela fait maintenant quelques années que différents spécialistes abordent la question de la détresse psychologique chez les agriculteurs. Au Centre de prévention du suicide de Portneuf, notre pratique nous a également mis en relation avec des agriculteurs traversant des épisodes de grande détresse.

Préoccupés, sensibilisés, nous souhaitions être proactifs et mettre sur pied des activités préventives pour entrer en contact avec ces agriculteurs qui, selon nos perceptions, viennent peu vers nos services d’aide. Nous avons amorcé nos travaux par une revue de la littérature, afin de mieux connaître les réalités du monde agricole. Nous avons poursuivi nos apprentissages en échangeant avec l’Union des producteurs agricoles (UPA) et des syndicats de base. Une fois bien informés, nous avons créé un premier plan d’action visant à aller à la rencontre des agriculteurs. C’est ainsi que nous nous sommes adressés à des assemblées d’agriculteurs lors de soirées organisées par l’UPA.

Des témoignages riches

Dans ces soirées, nous présentions notre ressource et nos services, puis abordions nos préoccupations quant aux agriculteurs. Rapidement, des personnes se sont levées pour échanger des témoignages spontanés, riches en émotions et en vécu. Dès lors, nous n’étions plus dans des rôles de présentateurs mais bien dans des rôles d’animateurs. Ces échanges, qui confirmaient bien nos préoccupations, venaient solidifier les liens entre tous. Comme dans un groupe d’entraide, chacun, solidaire, écoutait et apportait son soutien ainsi que des pistes de solution. Déjà, il nous semblait qu’une bonne part d’intervention avait été apportée.

Nous avons questionné ces groupes afin de savoir comment notre organisme pourrait leur venir en aide, nous leur avons demandé quelles actions préventives seraient à mettre en place. L’une des difficultés nommées par les agriculteurs, en ce qui a trait à la demande d’aide, est le fait qu’ils manquent de temps pour sortir de la ferme et aller consulter. De plus, il peut être difficile d’honorer un rendez-vous, puisque ce sont la nature et ses caprices qui dictent l’horaire de l’agriculteur. Finalement, il semblait préférable que l’aide se rende chez l’agriculteur plutôt que d’attendre que l’agriculteur vienne à l’aide! Et comme le temps de ces travailleurs est précieux, il fallait trouver une stratégie, une occasion propice.

Une solution adaptée

Les agriculteurs nous ont alors proposé de faire la « run de lait ». C’est-à-dire d’embarquer avec le camionneur qui va de ferme en ferme pour récolter le lait. Il semble qu’il s’agisse d’un moment idéal pour prendre quelques minutes afin de discuter avec les producteurs laitiers. Quelle excellente idée! Nous aurions probablement mis des mois avant de trouver une aussi bonne idée à même notre groupe d’intervenants, bien que notre groupe soit toujours prêt aux remue-méninges les plus fous. Aussitôt, nous avons pris contact avec les camionneurs. L’ouverture y était, il n’en fallait pas plus pour que nous nous retrouvions dans les camions, sur les routes de nos villages.

Programme de prévention

Une fois chez l’agriculteur, et de façon plus ou moins informelle, nos objectifs sont les suivants : tenter de créer un lien, faire connaître nos services et nos préoccupations, déceler s’ils sont à risque de détresse psychologique ou si d’autres producteurs autour d’eux semblent l’être, sonder leurs capacités et intentions de consulter si ça ne va pas, connaître leurs ressources personnelles pour faire face aux difficultés et renforcer leurs compétences, promouvoir de saines habitudes et, finalement, demander conseil pour de futures actions préventives.

Lorsque nous ne pouvons rencontrer l’agriculteur au moment de notre passage, nous laissons une enveloppe à la ferme avec notre dépliant et un mot concernant notre visite. Nous effectuons les différents parcours plus d’une fois par année, et recommençons les années suivantes. Afin d’atteindre un plus grand nombre de producteurs, nous faisons également ce type de tournée avec les vétérinaires pour animaux de ferme. Enfin, après une journée passée avec nous, les camionneurs ou les vétérinaires sont sensibilisés à notre cause. Nous pouvons alors leur offrir la formation de sentinelles, afin qu’une partie du travail se poursuive même lorsque nous ne sommes pas du voyage. Puisque les camionneurs voient les producteurs laitiers tous les deux jours, ils sont tout indiqués pour agir à titre de sentinelles.