Homosexualité et suicide

Mario Lafontaine, président du Centre de prévention du suicide de Charlevoix et bénévole pour le comité RADOS

Renée-Claude Laroche, directrice générale du Centre de prévention du suicide de Charlevoix

Il faut savoir que les personnes homosexuelles ne sont pas différentes des autres : elles subissent les mêmes stress et les mêmes difficultés. Lorsqu’elles prennent conscience de leur différence, elles peuvent vivre dans le secret, subir l’homophobie environnante et le rejet et se priver de confidents. Elles doivent apprivoiser la solitude et l’isolement, s’adapter à un statut de marginalité et, malgré la quasi-absence de modèles, se former une réalité.

On peut ainsi comprendre que certaines personnes homosexuelles ne puissent y parvenir. Or, pour diverses raisons, certaines d’entre elles perdent le goût de vivre. C’est d’ailleurs l’homophobie et l’hétérosexisme dont elles sont victimes, et non leur orientation sexuelle, qui contribue à l’installation d’une détresse suffisamment grande pour entraîner avec elle l’apparition d’idées suicidaires. Les personnes homosexuelles doivent traverser une période de crise qui leur est propre, c’est cette période de crise qui constitue pour certaines d’entre elles un passage douloureux les rendant plus vulnérables au suicide. La validité des études est souvent mise en doute, la nature même de la problématique rendant les résultats moins probants. Ces personnes en crise d’identité sexuelle sont souvent isolées; elles vivent dans le secret, étant incapables de dévoiler leur orientation sexuelle ou refusant de se l’admettre à elles-mêmes. Certaines préféreront mourir, emportant avec elles leur secret.

La nécessité d’intervenir au moment de la période de crise d’identité relative à l’orientation sexuelle est donc primordiale, puisque c’est à ce moment que les idées suicidaires peuvent apparaître.

Les différentes orientations sexuelles (homosexuelle, bisexuelle, transsexuelle et transgenre) présentent toutes des problématiques particulières liées à l’identité sexuelle, et les personnes concernées doivent traverser une période de crise d’identité sexuelle fort complexe. Dans ce contexte, le comité RADOS (Respect et acceptation de la différence liée aux orientations sexuelles) et le Centre de prévention du suicide de Charlevoix (CPSC) jouent le rôle d’endroits d’accueil.

Comité RADOS

Les actions publiques du Centre de prévention du suicide de Charlevoix contre l’homophobie ont débuté en 2004, mais la réflexion interne s’est amorcée dès 2000, avec la sortie du livre Mort ou fif de Michel Dorais. L’étude abordant le double tabou de l’homosexualité et du suicide nous a interpellés. Le véritable déclencheur s’est cependant manifesté en 2001, lorsqu’un proche d’un jeune s’étant suicidé dans la région est venu nous rencontrer. Selon lui, la cause de ce suicide était la crise d’identité liée à son orientation sexuelle.

C’est lors de la Semaine nationale de prévention du suicide de 2004 que le Centre de prévention du suicide de Charlevoix (CPSC) a posé sa première action liée à l’homophobie. L’engouement suscité chez certains intervenants du milieu, jumelé au leadership de la directrice, donnait naissance au comité RADOS. Les premières actions de ce comité consistaient à prendre contact avec différents milieux dans le but de leur faire signer la déclaration RADOS. En signant cette déclaration, les milieux signataires s’engagent à ne tolérer aucune forme d’homophobie et à faire en sorte que tous les individus qui évoluent chez eux retrouvent le respect et l’acceptation auxquels ils ont droit.

Le comité RADOS est composé d’intervenants du CPSC, bien sûr, mais également du CSSS de Charlevoix, des maisons de jeunes du territoire et du Service pour hommes impulsifs et colériques de Charlevoix. Depuis sa création, sans aucun financement, le comité RADOS poursuit l’objectif de réaliser des actions concrètes (déclaration RADOS, visibilité lors de la Journée de lutte contre l’homophobie, activités de sensibilisation auprès des jeunes et de la population…) afin de réduire les répercussions négatives liées à la violence homophobe.

Mieux comprendre

Généralement, à cause du secret qui entoure leur orientation sexuelle, les lesbiennes, gais, bis ou trans (LGBT) ne peuvent bénéficier du soutien de leurs proches. Se réfugiant derrière le silence et le secret tout au long de ce processus, ces personnes doivent faire face à des facteurs déstabilisants, générateurs de stress et d’anxiété, tels que :

  • l’homophobie et l’hétérosexisme;
  • les préjugés;
  • la condamnation par la société et par les autorités religieuses;
  • le rejet par la famille et par les pairs;
  • le refus de sa propre image;
  • l’isolement, la solitude morale et la solitude physique;
  • l’absence de modèle.

De surcroît, leur silence les privera de :

  • recours aux confidents;
  • soutien familial;
  • soutien des pairs;
  • modèle d’identité.

S’engager contre l’homophobie pour prévenir le suicide

Voici quelques pistes pour prévenir le suicide chez les personnes LGBT :

  • briser l’isolement par la main tendue et la solidarité;
  • en finir avec la honte par l’égalité et la reconnaissance sociales;
  • contrecarrer la stigmatisation par le respect de la diversité humaine.