Du Nord-du-Québec à Montréal, ça persiste : l’homosexualité et le suicide chez les jeunes

Charles Marois, directeur des ressources humaines de Garneau Travail et militant pour l’acceptation et la déstigmatisation de l’homosexualité en région

Eduardo Perez, bachelier en sociologie à l’Université de Montréal et militant depuis plusieurs années dans les sphères politiques et sociales, notamment pour l’homosexualité en milieu urbain

Plusieurs organismes et mouvements travaillent encore aujourd’hui à la lutte contre l’homophobie et au renforcement des moyens d’action pour prévenir l’intimidation dans tous les milieux sociétaux : le travail, la famille, le cercle d’amis et de connaissances, les milieux communautaires et scolaires. Bien que la société change et s’adapte aux nouveaux modes de vie, certains tabous comme l’homosexualité perdurent en ville comme en région; les tabous ne sont pas uniquement l’affaire des habitants de la banlieue ou des villages. Parfois, il s’en dégage même une préoccupation culturelle ou spirituelle et, malgré la sensibilisation effectuée depuis maintes années, le suicide persiste comme solution perçue.

L’année 2012 a été une année haute en couleur pour la reconnaissance des droits des lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres ou en questionnement (LGBTQ). Pendant que Barack Obama devient le premier président américain à soutenir le mariage et les droits homosexuels, l’Australie rejette cette idée; alors que l’Argentine crée des droits pour les transgenres, l’Ouganda utilise les médias pour cibler les hommes et femmes homosexuels et les exécuter. Ici, au Canada, le mariage gai est une possibilité depuis 2005, et plusieurs partis politiques travaillent actuellement à la reconnaissance des droits des transgenres et transsexuels. Or, la discrimination, l’intimidation et la négligence envers la communauté LGBTQ ne se sont pas dissipées pour autant. Près de 90 % des adolescents LGBTQ ont subi de l’intimidation verbale ou physique, et 40 % de ceux-ci ont éprouvé des idées suicidaires. Concrètement, cela se répercute par des risques de 6 à 16 fois plus grands de dépression et de suicide pour les jeunes gais âgés de 17 à 26 ans.

Milieu urbain par rapport à milieu rural

Est-il juste de dire que l’homosexualité se vit différemment dans un milieu urbain et un milieu rural? Concrètement, cela se voit dans trois domaines : le travail, le sport et l’immigration. Encore aujourd’hui, plus de la moitié de la population croit qu’il est difficile d’afficher son homosexualité en milieu de travail. Là où le bât blesse, c’est lorsqu’on s’interroge sur la perception des employés et de la direction. Effectivement, autant en ville qu’en région, seulement 11 % des employés croient qu’afficher son homosexualité peut être négatif, mais lorsqu’il s’agit de s’afficher face à la direction, près de 50 % des employés croient qu’il est difficile d’être accepté d’elle.

Évolution des mentalités

En matière de sport professionnel, trois Québécois sur quatre croient qu’une femme athlète homosexuelle a autant de chance de réussir une carrière professionnelle qu’une athlète hétérosexuelle, alors que ce taux s’abaisse à 60 % concernant les hommes. En analysant les résultats, il est possible d’observer que les résidents du Québec ont une image plus favorable aux athlètes homosexuels que tous les autres résidents du Canada, même si les résidents des régions y semblent plus réticents. Enfin, en ce qui concerne l’immigration, réalité omniprésente du Québec d’aujourd’hui, les résultats sont tout de même étonnants. Parmi les nouveaux arrivants, 40 % sont d’avis que les droits LGBTQ relèvent des libertés individuelles, alors que dans la deuxième génération cela s’accroît à 60 %. Quant à la perception de la normalité des droits LGBTQ, les taux vont de 50 % dans la première génération à 71 % dans la deuxième. De plus, près de 60 % des immigrants de première génération ressentiraient un sentiment de honte à l’égard de leur enfant homosexuel, comparativement à 19 % dans la deuxième vague. Cependant, de manière générale, les immigrants de première et de deuxième génération ne connaissent pas d’organismes de défense des droits des personnes homosexuelles dans leur communauté ou ne savent pas s’il en existe.

Et qu’en est-il des communautés autochtones? Le même problème subsiste : on dénombre peu d’organismes venant directement en aide aux jeunes autochtones homosexuels, et peu d’attention médiatique est tournée vers ces enjeux, contrairement à ce qu’on observe dans nos communautés. Selon les dernières statistiques, les jeunes autochtones sont deux fois plus à risque de recourir au suicide et ressentent l’homosexualité comme une perte de leur identité. Il revient donc à nous de nous poser la question suivante : quelles initiatives populaires pouvons-nous entreprendre afin de soutenir la communauté LGBTQ autochtone et de lui permettre de s’émanciper?

Voilà quelques exemples réels démontrant le tabou entourant aujourd’hui encore l’homosexualité autant dans les populations urbaines que régionales. Il faut savoir que dernièrement, plusieurs initiatives populaires ont vu le jour dans le but d’enrayer les risques de suicide dangereusement plus élevés chez les jeunes de la communauté LGBTQ. Si on doit une fière chandelle aux organismes comme Gai Écoute, The Trevor Project – It Gets Better, GRIS et AGIR (Action gay, lesbienne, bisexuelle, transexuelle et queer pour immigrants et réfugiés), on doit aussi travailler toujours plus fort pour limiter les stéréotypes et favoriser l’inclusion sociale des jeunes LGBTQ.