S’engager dans son milieu de travail

« Un vieux proverbe africain nous dit ceci : Il faut tout un village pour élever un enfant. À la base de ce proverbe, il y a un appel au soutien de la communauté, une reconnaissance de l’importance du rôle de chacun de même qu’un rappel de la responsabilité partagée des individus pour venir en aide à un être vulnérable en devenir.

Dans un contexte de prévention du suicide en milieu de travail, nous retrouvons les mêmes concepts que dans ce proverbe, soit l’importance de la communauté de soutien que forment les employés de l’organisation et l’importance du rôle de chacun– quel que soit son poste, son niveau hiérarchique ou sa fonction – dans le partage de la responsabilité de soutenir un de ses membres en train de devenir vulnérable.

Au Service de police de la Ville de Montréal, dans le cadre du programme de prévention du suicide Ensemble pour la vie, nous avons appliqué ces concepts. Les résultats obtenus révèlent que le taux de décès par suicide chez les policiers a chuté de près de 80 %. Cela démontre qu’il est impossible de penser prévention du suicide sans l’engagement de tous et nous rappelle que des phrases simples empreintes de sagesse, on peut tirer de nombreuses leçons. »

Dr Normand Martin, psychologue et responsable du Programme d’aide aux policiers et policières du Service de police de la Ville de Montréal

Un enjeu de santé publique incontournable

Michel Vézina et Louise St-Arnaud
1er novembre 2010
Un article publié dans le dossier « Organisation du travail et santé mentale » du Réseau Qualaxia

Les deux dernières décennies ont été marquées par de profondes transformations du travail et des liens d’emploi. Au chapitre de l’organisation du travail, les changements se sont surtout caractérisés par une intensification du travail imposée par de nouveaux modes de gestion, entraînant une augmentation de la cadence et du rythme de travail, un contrôle plus serré de la production individuelle et la chasse aux temps morts. En somme, une recherche poussée du fonctionnement optimal avec un minimum d’effectifs. Dans un contexte d’intensification du travail, cette réduction de l’autonomie du travailleur accroît la tension par manque de temps, d’information et d’interactions utiles avec les collègues ou le supérieur hiérarchique. Lire la suite…

Harcèlement et suicide au travail : quel rapport?

Ariane Bilheran, psychologue clinicienne, docteure en psychopathologie (Ph. D.), consultante et présidente de la société Sémiode

Les situations de travail semblent de plus en plus être à l’origine de gestes suicidaires. En particulier, les conduites de harcèlement semblent incriminées. Lorsque des suicides ont lieu « en chaîne » au sein d’une organisation du travail, la première question à se poser lors d’une enquête est celle du harcèlement. Étroitement lié à la destruction de l’autre, le harcèlement, qu’il soit le fruit de comportements individuels ou d’organisations du travail, a pour finalité de conduire la victime à l’autodestruction. Comment comprendre ce processus? Lire la suite…

Les impacts du suicide d’un travailleur sur les collègues et le milieu de travail : observations préliminaires

Brian Mishara, Ph. D., professeur au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal et directeur du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie (CRISE)
Louise Pouliot, Ph. D, professeure à l’Université du Québec à Montréal et coordonnatrice de recherche au CRISE

Une étude québécoise qui vise à mieux comprendre l’impact d’un décès par suicide sur les collègues ainsi que sur le milieu de travail est en cours et il est possible de faire ressortir quelques résultats préliminaires. Lire la suite…

Réseau secours-écoute

Danielle St-Pierre, gestionnaire en santé et sécurité au travail à la CSST

Le réseau de pairs aidants Secours-écoute existe au sein de notre direction régionale depuis juin 2007. Son implantation est issue des objectifs de mieux-être du Comité de santé et de sécurité au travail (CSST). Ce réseau permet une meilleure prise en charge de la prévention des problèmes d’ordre psychologique, le renforcement des interventions de première ligne et surtout, la promotion de l’entraide en milieu de travail, facteur de protection reconnu contre la détresse psychologique. Lire la suite…

La prévention du suicide en milieu rural : recherche et intervention

Philippe Roy, doctorant en service social à l’Université Laval
Ginette Lafleur, doctorante en psychologie communautaire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Depuis plusieurs années, les statistiques révèlent que les plus forts taux de suicide au Québec, comme dans plusieurs régions du globe, sont recensés dans les régions rurales. De surcroît, la diminution des taux de suicide constatée chez les hommes québécois depuis la fin des années 1990 s’observe bien davantage dans la région métropolitaine de Montréal que dans le monde rural (Gagné et St-Laurent, 2008). Si les hommes ruraux forment une clientèle particulièrement vulnérable en matière de suicide et de détresse psychologique (Roy et Tremblay, 2012), force est de constater que la santé psychologique et les comportements suicidaires des hommes ruraux, comme plusieurs préoccupations des populations rurales, demeurent des sujets largement négligés, ce qui contribue à leur invisibilité (Pugh et Cheers, 2010). Lire la suite…

Initiative du Centre de prévention du suicide de Portneuf pour des activités préventives auprès d’agriculteurs

Steve Dubois, coordonnateur à L’Arc-en-ciel

Cela fait maintenant quelques années que différents spécialistes abordent la question de la détresse psychologique chez les agriculteurs. Au Centre de prévention du suicide de Portneuf, notre pratique nous a également mis en relation avec des agriculteurs traversant des épisodes de grande détresse.

Préoccupés, sensibilisés, nous souhaitions être proactifs et mettre sur pied des activités préventives pour entrer en contact avec ces agriculteurs qui, selon nos perceptions, viennent peu vers nos services d’aide. Nous avons amorcé nos travaux par une revue de la littérature, afin de mieux connaître les réalités du monde agricole. Nous avons poursuivi nos apprentissages en échangeant avec l’Union des producteurs agricoles (UPA) et des syndicats de base. Une fois bien informés, nous avons créé un premier plan d’action visant à aller à la rencontre des agriculteurs. C’est ainsi que nous nous sommes adressés à des assemblées d’agriculteurs lors de soirées organisées par l’UPA. Lire la suite…

Le travailleur de rang… une approche proactive pour une communauté rurale solidaire et en santé

Maria Labrecque Duchesneau, directrice générale, Au cœur des familles agricoles

Plus que jamais, il faut avoir la vocation pour s’engager en agriculture. Et pourtant, de jeunes passionnés font encore ce choix, en défiant vents et marées. L’agriculture, on l’a dans la peau. On peut sortir l’agriculteur de l’agriculture, mais pas l’agriculture de l’agriculteur! Pour bon nombre, la ferme devient la raison de vivre, et tant pis pour la santé! Avec des activités réglées au quart de tour et des semaines de 100 heures de travail, il suffit d’un grain de sable dans l’engrenage pour que celui-ci ait des ratés. Pour ces gens fiers et déterminés, les échecs sont difficiles à avaler, car la ferme génère le revenu familial et véhicule le patrimoine. Un abandon de ferme forcé laisse de profondes cicatrices. Partant du principe qu’il n’y a pas d’agriculture en santé sans agriculteurs en santé, Au cœur des familles agricoles va sur le terrain et leur tend la main.

Son objectif : que la prévention s’inscrive dans les mœurs! Lire la suite…

L’importance de prendre soin de nos intervenants

Michaël Bouchard, finissant au doctorat clinique en psychologie à l’Université de Sherbrooke

Il est important de parler de la santé mentale des thérapeutes, car ce sujet peut en quelque sorte représenter un tabou dans le milieu; certains thérapeutes éprouvent un inconfort avec le fait de reconnaître leur vulnérabilité, de parler de leurs difficultés avec leurs proches ou collègues de travail ou encore d’aller chercher du soutien professionnel. Une telle attitude peut les mener, entre autres, vers un sentiment d’isolement, et exacerber leurs difficultés. Lire la suite…

Attention à la fatigue de compassion!

Dr Normand Martin, psychologue, responsable du Programme d’aide aux policiers et policières du Service de police de la Ville de Montréal

Imaginons un instant un travailleur social qui intervient auprès d’un couple en détresse alors que lui-même vient d’apprendre que sa conjointe le quitte. Imaginons, un autre instant, qu’un psychologue dont la mère vient de décéder reçoit une cliente dont la mère se meurt. Imaginons encore qu’une infirmière, en attente de ses résultats d’examens pour un cancer possible, prodigue des soins à des personnes en oncologie. Toutes ces situations nous rappellent que lorsque nous intervenons auprès de patients, nous ne pouvons faire abstraction de notre propre réalité. Recevoir, accueillir et écouter régulièrement la douleur des autres nous touche et nous change. La fatigue de compassion, silencieuse et insidieuse, nous guette au tournant. Elle s’accumule au fil du temps. C’est afin de tenir compte de cette réalité qu’il est important de s’attarder à la santé mentale des intervenants, et ce, afin de mieux aider nos patients. Lire la suite…

Mieux soutenir nos intervenants pour favoriser leur autonomie

Gaëtan Roussy, psychologue, responsable du comité sur le suicide de l’Association des psychologues du Québec et représentant du Centre professionnel de prévention du suicide de Montréal

Selon moi, la prévention du suicide ne doit pas être considérée comme un simple travail au sens habituel du terme, mais comme un mode de vie. Cette œuvre est exigeante, et nous avons souvent tendance, comme intervenant, à porter la souffrance des autres pour eux. Nous sommes responsables en tout premier lieu d’assurer notre propre bien-être psychologique afin de permettre l’émergence d’un sens renouvelé de notre œuvre d’intervention; nous devons nous connaître, prendre soin de nous-mêmes, connaître nos limites, assumer nos aspirations, notamment. En favorisant ainsi notre émancipation, nous développons une plus grande qualité de relation avec les autres. Nous pourrons de la sorte aider les personnes suicidaires et leurs proches de façon optimale, et serons mieux en mesure de nous soutenir davantage entre collègues. Lire la suite…

Défi d'avenir

« Pour assurer la pérennité du réseau de pairs aidants, il faut pouvoir compter sur l’engagement et l’endossement sans équivoque de la direction. Soulignons l’importance de promouvoir le réseau, d’assurer le recrutement, la formation et l’intégration de nouveaux membres et de veiller à leur ressourcement. »

Danielle St-Pierre, gestionnaire en santé et sécurité au travail à la CSST

« Notre principal défi en prévention du suicide dans les milieux de travail en général sera de redéfinir le sens que nous attribuons à la fonction même du travail. Alors que le travail était autrefois un moyen d’accomplissement personnel et collectif, en plus d’une source de revenu essentiel, il ne semble souvent devenu qu’un simple moyen d’enrichissement, et pour certains une occasion de performance visant à se valoriser aux yeux des autres. Les relations de travail sont à de nombreux endroits plutôt vides ou tendues. Tant pour le mieux-être des diverses clientèles que nous desservons que pour le soutien entre collègues, nous devons redonner au travail son véritable sens, et redécouvrir par le fait même nos valeurs délaissées de solidarité. »

Gaëtan Roussy, psychologue, responsable du comité sur le suicide de l’Association des psychologues du Québec et représentant du Centre professionnel de prévention du suicide de Montréal