S’engager contre l’homophobie

« L’homophobie tue. Parce que le désarroi causé par l’intimidation et la violence à l’endroit des jeunes lesbiennes, gais, bis, trans ou en questionnement (LGBTQ) fait encore en sorte que, chaque année, des ados et des jeunes adultes s’enlèvent la vie ou tentent de le faire. On aura beau dire que les lois ont évolué, et plutôt rapidement, au cours des dernières années au Québec et au Canada, les mentalités évoluent parfois plus lentement que la législation. Les préjugés ont la vie dure. Aussi convient-il plus que jamais de se pencher sur le sort des jeunes de la diversité sexuelle, sur les recherches permettant de mieux connaître leur vécu et sur les actions pouvant améliorer leur sort, en particulier en ce qui concerne les risques associés à la dépression et aux tentatives de suicide. En somme, comment faire en sorte que le suicide n’apparaisse plus jamais comme une solution aux réactions que suscite leur différence? »

Michel Dorais, professeur titulaire et chercheur à l’Université Laval

Du Nord-du-Québec à Montréal, ça persiste : l’homosexualité et le suicide chez les jeunes

Charles Marois, directeur des ressources humaines de Garneau Travail et militant pour l’acceptation et la déstigmatisation de l’homosexualité en région

Eduardo Perez, bachelier en sociologie à l’Université de Montréal et militant depuis plusieurs années dans les sphères politiques et sociales, notamment pour l’homosexualité en milieu urbain

Plusieurs organismes et mouvements travaillent encore aujourd’hui à la lutte contre l’homophobie et au renforcement des moyens d’action pour prévenir l’intimidation dans tous les milieux sociétaux : le travail, la famille, le cercle d’amis et de connaissances, les milieux communautaires et scolaires. Bien que la société change et s’adapte aux nouveaux modes de vie, certains tabous comme l’homosexualité perdurent en ville comme en région; les tabous ne sont pas uniquement l’affaire des habitants de la banlieue ou des villages. Parfois, il s’en dégage même une préoccupation culturelle ou spirituelle et, malgré la sensibilisation effectuée depuis maintes années, le suicide persiste comme solution perçue. Lire la suite…

Le refuge en France

Isabelle Chollet, psychologue en cabinet privé et au Refuge et formatrice à l’Institut régional du travail social de Montpellier
Découvrir, assumer et vivre son homosexualité peut être au-dessus des forces de certains jeunes gais et lesbiennes. La sensation d’être différent, de ne pas répondre aux attentes et aux projections de ses proches, l’exclusion, le mensonge peuvent occasionner des troubles psychologiques et des mal-être allant parfois jusqu’au suicide.

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Au-delà de la transphobie : les ados trans, l’école et le droit à l’invisibilité

Françoise Susset, M.A., psychologue spécialisée dans l’accompagnement des personnes trans et de leurs proches

Le terme trans ou transgenre est à la fois rassembleur et réducteur. Il semble incontournable de préciser avant tout les diverses réalités vécues par les jeunes dont l’identité ou l’expression de genre se situent à l’extérieur des normes de masculinité et de féminité, car il existe un risque important que les revendications visant l’acceptation d’une diversité d’expression et d’identification de genre ne tiennent pas compte des besoins de bon nombre de ces jeunes qui s’identifient plus conventionnellement comme appartenant à « l’autre sexe ». Lire la suite…

Homosexualité et suicide

Mario Lafontaine, président du Centre de prévention du suicide de Charlevoix et bénévole pour le comité RADOS

Renée-Claude Laroche, directrice générale du Centre de prévention du suicide de Charlevoix

Il faut savoir que les personnes homosexuelles ne sont pas différentes des autres : elles subissent les mêmes stress et les mêmes difficultés. Lorsqu’elles prennent conscience de leur différence, elles peuvent vivre dans le secret, subir l’homophobie environnante et le rejet et se priver de confidents. Elles doivent apprivoiser la solitude et l’isolement, s’adapter à un statut de marginalité et, malgré la quasi-absence de modèles, se former une réalité.

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Apprentissage de terrain quant à la référence des jeunes LGBT dans le système

Bruno Laprade, coordonnateur à Projet 10 et représentant allosexuel au Forum jeunesse de l’île de Montréal

Les recherches ont démontré que l’un des plus importants facteurs de résilience des jeunes lesbiennes, gais, bis et trans (LGBT) face au suicide est de rencontrer d’autres jeunes comme eux1. C’est ainsi qu’en 2005, le Regroupement d’entraide de la jeunesse allosexuelle du Québec (REJAQ) et le Forum jeunesse de l’île de Montréal déposaient, à l’occasion du renouvellement de la Stratégie action jeunesse 2005-2008 (devenue 2009-2014 depuis), des mémoires demandant la création d’organismes spécialement destinés aux jeunes LGBT dans chacune des régions. Lire la suite…

Quoi de neuf sur les tentatives de suicide chez les jeunes de la diversité sexuelle?

Michel Dorais, professeur et chercheur, Université Laval

Toutes les recherches permettant de comparer le vécu des jeunes lesbiennes, gais, bis ou en questionnement (LGBQ)1 à ceux de leurs pairs (hétérosexuels ou présumés tels) montrent qu’ils sont beaucoup plus sujets à des conduites à risque et à des tentatives de suicide2. Si, en ce qui concerne les suicides, les données demeurent rarissimes, c’est que la méthode d’autopsie psychologique souffre du fait que, d’une part, nombre de jeunes emportent souvent dans la tombe le « secret » de leur orientation sexuelle et que, d’autre part, leurs familles peuvent être très réticentes, voire fermées, à l’idée d’aborder cette question (lorsqu’elle est posée), surtout quand l’orientation sexuelle du jeune était niée, stigmatisée ou rejetée par ses proches. Lire la suite…

Défi d'avenir

« Soulignons d’abord que la relation entre le suicide et l’orientation sexuelle a fait l’objet d’études surtout auprès des jeunes. Or, les statistiques nous apprennent qu’au Québec, ce sont principalement des hommes adultes qui se suicident. De même, ce sont des hommes adultes qui sollicitent davantage les services de Gai Écoute. Ce constat nous amène à croire que nous devons davantage porter attention aux hommes adultes en matière de prévention du suicide. Quant au lien entre le suicide et l’orientation sexuelle, il n’est pas direct. La plupart du temps, la dépression précède le suicide. Une voie prometteuse consiste à amener les professionnels de la santé à explorer la question de l’orientation sexuelle lors des interventions auprès des personnes dépressives. Pour leur part, Gai Écoute et la Fondation Émergence travaillent à aider les personnes de tout âge à mieux vivre avec leur orientation sexuelle, et à susciter l’espoir. »

Laurent McCutcheon, président de Gai Écoute

« Le défi actuellement est de faire en sorte que la société québécoise soit consciente que, malgré les avancées, l’homophobie perdure : se manifestant parfois de façon évidente (ex. : dans l’humour ou par le rejet de la famille), mais aussi de façon plus insidieuse, notamment par la persistance de l’hétérosexisme, qui prône l’hétérosexualité comme norme sociale ou comme orientation sexuelle étant supérieure aux autres. L’État québécois doit maintenir son rôle de chef de file dans ce domaine et s’assurer de la mise en œuvre puis de la pérennité des mesures établies dans le Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie, et ce, jusqu’à ce que la majorité des personnes LGBT vivent de façon ouverte et harmonieuse, sans crainte d’être jugées, stigmatisées voire violentées en raison de leur orientation sexuelle. »

Danielle Haché, agente de planification, de programmation et de recherche pour la Direction de santé publique de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

« Il y a deux grands défis. Tout d’abord, celui de faire la prévention en amont, en particulier d’atteindre les jeunes qui se questionnent sur leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Trop souvent, ces jeunes ne se confient ni à leur famille ni à leurs amis par crainte d’être rejetés. Dans de nombreux cas, ils sont témoins ou victimes d’homophobie à l’école, parfois depuis plusieurs années. Il est crucial qu’ils reçoivent des messages positifs en contrepartie et qu’ils puissent trouver du soutien. Le second défi est celui d’une véritable reconnaissance sociale des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles ou transgenres, de façon à ce qu’elles se sentent acceptées dans tous leurs milieux de vie (famille, travail, loisirs, sport…) et à tous les âges de leur vie. »

Line Chamberland, chercheuse et professeure à l’Université du Québec à Montréal et titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie

« Les problèmes du suicide et de l’homophobie partagent une caractéristique frappante : ils touchent beaucoup plus les hommes que les femmes. Pourquoi? Répondre à cette question est un défi commun aux deux problématiques. C’est un défi d’équité sociale complète, où les qualités dites féminines seraient aussi valorisées que les attributs dits masculins. Le mâle au sommet de la pyramide aurait-il un trop lourd tribut à payer pour conserver ses privilèges? Le grand défi culturel et social est d’ouvrir notre vision binaire des rôles sexuels, de l’orientation sexuelle, et de lézarder les stéréotypes liés au genre afin d’avancer vers un espace social où toutes les façons d’être et de se définir comme homme, femme, queer, trans, gai, lesbienne, bisexuel… sont légitimes, acceptées et valorisées. »

Pierre Berthelot, travailleur social pour la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale

« Le principal défi d’avenir, à mon avis, serait de sensibiliser davantage le personnel intervenant dans les établissements d’enseignement à l’importance de réagir lorsque des jeunes ou du personnel tiennent des propos homophobes, car ces mots ont des effets sur la réussite et la persévérance scolaires des jeunes qui en sont victimes, ce qui dans certains cas les amène à se suicider. Le deuxième enjeu majeur serait de collaborer à des projets avec des groupes communautaires LGBT pour outiller le personnel de l’éducation au moyen de matériel pédagogique qui aborde les réalités des personnes LGBT ou en questionnement et celles des jeunes qui ne correspondent pas aux stéréotypes masculins et féminins. »

Jacques Pétrin, membre du comité pour la diversité sexuelle à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et personne responsable de la Table nationale de lutte contre l’homophobie du réseau scolaire et du réseau collégial