S’engager avec les endeuillés

« Le suicide est un fléau, c’est une solution qui est trop facile et qui fait souffrir trop de gens autour de nous. Nous devons travailler avec les endeuillés parce qu’ils ont vécu cette terrible souffrance et peuvent donc en témoigner pour décourager ceux qui seraient susceptibles d’en finir de cette façon. Il est important de les inclure dans la prévention pour que le suicide ne devienne pas une option pour eux aussi. Les endeuillés sont les personnes les mieux placées pour promouvoir la prévention du suicide parce qu’ils ont en eux une tristesse qui les sensibilise à ces tragédies, un sentiment d’impuissance qui les unit et une colère qui est parfois nécessaire dans notre société pour faire avancer les choses. Pour toutes ces raisons, les endeuillés sont la clé de cette lutte sans fin, et nous devons les soutenir, pour le passé et pour l’avenir. »

David Paradis, réalisateur du documentaire Max Power

La place des endeuillés dans la prévention du suicide

Normand Séguin, administrateur de l’Association des endeuillés par suicide de La Traverse

Daniel Lepage, président de l’Association des endeuillés par suicide de La Traverse

Notre organisation fondée en 2006, l’Association des endeuillés par suicide de La Traverse, adhère pleinement à l’ample vision de la prévention du suicide que propose l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS). Une vision qui nous paraît participer d’une double orientation, ou mieux, dirions-nous, d’une double tension intellectuelle : d’un côté, une tension relative à l’intervention auprès de personnes en détresse; de l’autre, une tension se rapportant à la diffusion, à travers tout le corps social, d’information, d’idées, de discours accompagnés d’actions appropriées, pour sensibiliser, modifier des perceptions, transformer des attitudes, des comportements. Le suicide qui s’inscrit dans la mémoire familiale et qui bouleverse les milieux de vie est aussi un problème de société. C’est précisément cette volonté d’agir sur le corps social pour influer sur les mentalités qui donne à l’AQPS ces traits qui l’apparentent à un mouvement social, auquel les organisations communautaires apportent une base essentielle. Lire la suite…

Faire la paix avec un chapitre sombre

Entrevue avec David Paradis, réalisateur du documentaire Max Power

Trois ans après le suicide de son cousin Maxime, David Paradis a rassemblé son entourage à l’écran pour un dernier film (www.ikweb.tv/max-power).

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans ce projet?

La volonté de faire en sorte que la mort de Maxime ait servi à quelque chose. Je voulais simplement donner un sens à sa mort. J’avais toujours envie de parler de Maxime, mais le sujet est rapidement devenu tabou. Il n’y avait plus rien de nouveau à raconter, car tout avait déjà été dit. Je voulais faire ce film pour qu’on se souvienne favorablement de qui il était et aussi pour aider certaines personnes qui vivent ce genre de situation. Lire la suite…

Se mettre en action pour vivre notre tristesse autrement

Évelyne Boisvert, infirmière et instigatrice du Défi Course à la vie d’Odanak

Le temps de prendre la route du retour est venu. Même les paroles et la musique de Billy Talent, bien apprécié de Jo, n’arrivent pas à percer le lourd silence qui s’est installé dans la voiture. Ce dernier au revoir fut un moment difficile pour mon mari et moi. Des émotions, des images, des pensées se bousculent; on veut comprendre ce départ précipité et surtout on ne veut jamais oublier cet homme si accueillant, si aimant. On cherche tous les deux à briser ce silence, à trouver la parole juste. Puis on exprime le besoin de se mettre en action pour vivre notre tristesse autrement et, quasi en simultané, l’idée de courir jaillit. Quand on court, on ne pense qu’à respirer, qu’à mettre un pied devant l’autre, on n’a pas le temps de songer à s’enlever la vie… C’est ça, on va rassembler des gens et on va courir. Du coup, on respectera le désir de la famille de faire un don au Centre prévention suicide Les Deux Rives en lui remettant les profits. On incitera aussi les gens à bouger pour leur santé, physique et mentale. Lire la suite…

Quand le suicide d’un proche te rentre doublement dedans : témoignage réflexif

Anne-Marie Beaulieu, psychoéducatrice, personne-ressource en difficultés de comportement et de santé mentale pour les commissions scolaires de la Montérégie et endeuillée par suicide

Le 6 mai 2006, j’ai perdu mon fils aîné, décédé par suicide à l’âge de 21 ans. Cette perte, en plus de m’atteindre dans ma dimension personnelle et maternelle, est venue bousculer durement mon identité professionnelle. Je suis psychoéducatrice depuis plus de 30 ans. Pourtant, mon expérience professionnelle ne m’a pas permis de détecter l’ampleur de la détresse vécue par mon fils et de lui offrir l’aide nécessaire. Après sa mort, une longue reconstruction s’est amorcée pour que je trouve un sens à la poursuite de ce métier que j’aime tant. Lire la suite…

Intervenir dès la phase de choc à la suite d’un suicide : comment la postvention devient-elle de la prévention?

Denise Deshaye, travailleuse sociale au CLSC de la région de Thetford

Véronique Bourgault, travailleuse sociale au CLSC de Sainte-Marie de Beauce

Le guide pratique Intervenir dès la phase de choc à la suite d’un suicide, publié par l’Agence de la santé et des services sociaux de Chaudière-Appalaches, s’adresse aux intervenants sociaux des CSSS et des centres de prévention du suicide (CPS) qui travaillent auprès des familles et des proches éprouvés par le suicide d’un des leurs. La particularité de ce guide d’intervention est qu’il concerne précisément la phase de choc, c’est-à-dire la période suivant la découverte du corps ou l’annonce de la nouvelle du suicide. Dans cet ouvrage sont synthétisés et rédigés dans un style télégraphique les éléments essentiels à considérer par l’intervenant social qui veut remplir son rôle adéquatement auprès des proches dans la phase de choc. Largement inspiré des expériences professionnelles et des réflexions des collègues de la santé et des services sociaux de la région de Chaudière-Appalaches, le document est divisé en trois sections qui collent à la réalité professionnelle de l’intervenant. Lire la suite…

Fusillade au Collège Dawson : évaluation des impacts de l’événement et suggestion d’un plan d’intervention multimodal

Monique Séguin, Ph. D., Université du Québec en Outaouais; Centre d’études McGill sur le suicide, Institut universitaire en santé mentale Douglas.

Nadia Chawky, M. A. Université du Québec en Outaouais

Stéphane Guay, Ph. D., Directeur du Centre d’études sur le trauma, Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine et Professeur agrégé, École de criminologie, Université de Montréal.

Richard Boyer, M.A. (Soc.)., Ph. D., Département de psychiatrie, Université de Montréal et Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine.

Alain Lesage, M.D., FRCPC, M.Phil., Département de psychiatrie, Université de Montréal et Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine.

Pierre Bleau, M.D., FRCPC, Directeur médical du Programme d’anxiété du CUSM, Professeur adjoint, Département de psychiatrie, Université McGill. Lire la suite…

Comprendre et accompagner nos jeunes dans l’épreuve de la mort d’un proche : un atout pour une génération sans suicide

Josée Masson, travailleuse sociale, fondatrice et directrice générale de Deuil-Jeunesse

Nos vies sont parsemées de moments de bonheur et de malheur… Nous voudrions abolir l’existence des moments difficiles, mais le constat est là : les épreuves sont inévitables. Elles sont inévitables pour nous, les adultes, mais aussi pour nos jeunes : échecs scolaires, défaites sportives, chicanes avec les amis, séparations, déménagements, troubles de santé ou décès d’un être cher… La mort d’un être cher est d’ailleurs un des stress les plus importants de la vie, celle d’un parent l’étant sans contredit (Elkind, 1983). Lire la suite…

Les endeuillés ont-ils une place dans la prévention du suicide?

Michael Sheehan, bénévole et endeuillé par suicide

Mes 25 années d’expérience comme juge et mes 15 années comme bénévole m’indiquent très clairement que oui, les endeuillés ont un rôle prédominant à jouer dans la prévention du suicide. La raison est bien simple : le message de la prévention, comme tous les messages d’action sociale, doit idéalement être véhiculé par des témoins crédibles. Lire la suite…

Défi d'avenir

« On doit ajuster nos interventions en fonction des changements de société : par exemple, les changements dans les liens familiaux, les enfants-rois, le vieillissement de la population, l’individualisme, etc. Il peut y avoir un certain effritement des relations sociales et un transfert de responsabilités vers les services professionnels. De plus, l’augmentation des demandes d’aide au sein des établissements publics dans un contexte où il n’y a pas d’augmentation des effectifs devient de plus en plus problématique, entraînant à plusieurs endroits une hausse de la quantité de personnes en attente. Dans ce contexte, il peut aussi être plus difficile d’assurer une continuité dans l’application et la mise à jour des programmes de postvention, ces programmes impliquant une gamme d’interventions particulières et intensives. »

Martin Guimond, psychologue au CSSS Alphonse-Desjardins