Attention à la fatigue de compassion!

Dr Normand Martin, psychologue, responsable du Programme d’aide aux policiers et policières du Service de police de la Ville de Montréal

Imaginons un instant un travailleur social qui intervient auprès d’un couple en détresse alors que lui-même vient d’apprendre que sa conjointe le quitte. Imaginons, un autre instant, qu’un psychologue dont la mère vient de décéder reçoit une cliente dont la mère se meurt. Imaginons encore qu’une infirmière, en attente de ses résultats d’examens pour un cancer possible, prodigue des soins à des personnes en oncologie. Toutes ces situations nous rappellent que lorsque nous intervenons auprès de patients, nous ne pouvons faire abstraction de notre propre réalité. Recevoir, accueillir et écouter régulièrement la douleur des autres nous touche et nous change. La fatigue de compassion, silencieuse et insidieuse, nous guette au tournant. Elle s’accumule au fil du temps. C’est afin de tenir compte de cette réalité qu’il est important de s’attarder à la santé mentale des intervenants, et ce, afin de mieux aider nos patients.

Être conscient de ce qui nous attend

Perdre un patient par suicide est une expérience marquante et déstabilisante sur le plan professionnel. Les intervenants en santé mentale savent que cette réalité existe, mais ils souhaitent et espèrent l’éviter, et parfois avec le temps arrivent à se convaincre de pouvoir l’éviter.

Ce souhait « magique » qui renforce l’image du professionnel puissant constitue le point de fragilité lorsqu’un suicide survient. Reconnaître qu’en tant que professionnels, nous sommes tous à risque de devoir faire face un jour au suicide d’un patient, se le faire dire dès le début de notre carrière par nos professeurs et nos superviseurs, entendre de la part de professionnels expérimentés qu’il faut un certain courage pour travailler avec des personnes en détresse et que notre présence est nécessaire dans la société, recevoir une formation adéquate en prévention du suicide et un soutien appuyé lorsque l’événement survient sont des pistes de solution pour être mieux outillés en tant qu’intervenants en santé mentale.